The Harder They Come, ou qu'est ce que Keith Richards peut bien prendre au petit déjeuner ?

The Harder They Come, ou qu'est-ce que Keith Richards peut bien prendre au petit déjeuner ?
J'ai devant moi quand je travaille sur ce clavier d'ordinateur, une série de photos d'icônes rock scotchées (c'est le cas de le dire!) sur le mur. Iggy Pop, Anton Newcombe, Pete Doherty, Janis Joplin, Lou Reed,etc... et, parmi des plumes et quelques crânes pirates rajoutés ici et là, Keith Richards ... Une poignée, ou plutôt devrais-je dire une cuillérée (ah! ah!), de quelques uns des plus grands (anti)héros de notre panthéon musical.Sex Drugs & Rock'n'Roll ...

Et pourtant rien n'aurait pu présager un tel avenir à ce timide fils d' ouvrier ! Qui déjà petit distribuait des coups de poing à ceux qui se moquaient de ses oreilles décollées! Imperfection dure à assumer à cet âge, et qu'il dissimulera dès les mid-60's derrière une vraie petite jungle de cheveux et d'épis, s'accaparant une mode dont il profite, mais que déjà, et sans encore s'en rendre vraiment compte, il contribue à lancer et développer.
Car cette timidité, cette inadaptibilité au monde, ce refus des règles établies, et donc cette rebellion à l'ordre des choses, va vite devenir la force du jeune Keith. Dès les premiers concerts des Rolling Stones, il va se construire, d'abord inconsciemment puis en toute connaissance de cause, cette image de branleur je-m'en-foutiste, si apparemment maître de lui-même et de son destin et que rien ne semble plus étonner. Dès les chefs-d'oeuvre des années 1968-1973, et en particulier à partir de l'époque "Beggars Banquet" (1968), c'est presque une image caricaturale (selon ses détracteurs) qui se développe.

Mais le succès du rock est autant lié à la musique qu'au look en général, et ce d'une façon qui va désormais se radicaliser de plus en plus (et ce jusqu'au Punk qui en sera sans doute une sorte de sanglante apothéose...). Dès le début de ces 70's si pleines de promesses, Keith devient alors une sorte de pirate des temps modernes, flibustier électrique dont les guitares désaccordées et les amplis peinturlurés sont autant de mousquets et de sabres pour se lancer, lui et ses Stones tombales, à l'abordage des scènes et des publics du Monde...(analyse certes exaltée, OK ! mais finalement est-on si loin d'une certaine vérité ? Et puis, vous n'avez qu'à demander son avis à ce qui reste de Nick Kent !).
Et de toute façon, c'est souvent ce genre d' images (que certains diraient d' Epinal) dont se souviendra l'Histoire. Keith, le loser magnifique. Comme on dit. Véritable caricature du maléfice rock. Qui se perpétuera plus tard avec des descendants comme Thunders, Doherty ou, à moindre échelle, les agaçants frères Gallagher...

Car OUI !, voilà ce qu'on retient aujourd'hui de la très prolifique carrière de Keith : un visage buriné de vieux pirate abimé par les années et les abus de toutes sortes (héroine, coke et vodka en tête), de multiples altercations avec la justice d'une bonne poignée de pays, des scandales, des amitiés, des bastons, des fan-clubs et des compositions inégales réparties ici et là tout au long de quarante années au sein du Rolling Stones Rock'n'roll Club... Mais est-ce là vraiment tout ce qu'il y a à retenir ? Keith Richards, l'éternel flibustier de la six-cordes ! Et quoique ça puisse faire un pas trop mauvais titre d'éloge funêbre, peut-on vraiment réduire une telle carrière à une suite de scandales rythmée par une poignée de riffs blues-rock ? It's only rock'n'roll, OK !, mais is that all there is (comme l'a si suavement chanté Peggy Lee) ?
La "réponse", ou plutôt l'interprétation des choses, appartient à ceux dont la faculté de jugement
n'est pas encore totalement faussée par une admiration aveugle. Car la trajectoire artistique, et
personnelle, de Monsieur Keith n'est en rien irréprochable, bien au contraire ! Car comment oublier les eggarements des années 80 et 90, les tentatives rap, techno , pseudo-reggae ou carrément dance qui ont pollué la discographie des Stones à partir du Some Girls de 78... Comment faire semblant de ne plus se souvenir des cuites et des évanouissements sur scène, des ridicules MTV parties ou des barouds d'honneur complètement hors-sujet ?

Mais d'un autre côté, Keith est aussi celui qui par exemple pétait les plombs contre les autres Stones quand ils quittaient les studios pour suivre une Coupe du Monde de foot à la TV, alors qu'ils étaient en pleines répétitions à quelques jours d'une énième méga-tournée...
Tout comme il est aussi celui qui a toujours clairement rejeté les plus risibles projets mégalos de la diva Jagger (ce qui d'ailleurs a plus d'une fois failli entrainer la fin pure et simple du groupe, ce qui d'ailleurs n'aurait peut-être pas forcément été une mauvaise chose...); celui également qui a insisté pour mettre au point leur première série de représentations 100% blues-roots-acoustique depuis plus de vingt ans, donnée à l'Olympia puis concrètisée par l'album "Stripped" de 95...
Et de toute façon, Keith reste quand même celui qui en 69 chanta de sa presque touchante voix de corbeau asthmatique le superbe "You Got The Silver"...Suivront "Happy " et "Before They Make Me Run", et chacun de ces classiques connaitra maintes versions live, quelquefois tout simplement splendides, quelquefois pathétiques, à l'image du personnage... à l'image de ce qu'il représente, depuis presque quarante ans, contre vents et marées... Comme l'ont dit certains, et comme certains le diront toujours, Keith Richards, malgré ses égarements, malgré ses concessions et ses erreurs ( mais qui n'en fait pas ?), restera sans doute à jamais (à moins d'être supplanté dans ce rôle, ce qui est bien improbable...) le symbole même du Rock'n'Roll...

It's Only Rock'n'Roll (but I like it !)
La juste conclusion de ce court exposé pourrait tout simplement se trouver dans notre attente à tous... celle qui nous fait impatiemment attendre, tels de sales gosses, d'apercevoir, même seulement quelques minutes, notre (anti)héros préféré sur un écran géant de cinéma en août prochain, à l'occasion de la sortie française de "Pirates Des Caraibes 2, Le Secret Du Coffre Maudit"...
Bon, c'est ce qu'on appelle du grand spectacle, d'accord, et il y a sans doute là-dedans des histoires de gros sous, OK !,sans compter que le doublage peut être une source d'inquiétude, tout comme cette sorte d'hômmage, d'une certaine façon, rendue là à Monsieur Rock'n'Roll... La décision vient-elle de Johnny Depp, qui aurait ainsi voulu renvoyer l'ascenseur à celui qui longtemps et en tout cas pour le premier volet des "Pirates..." fut son seul et unique modèle ?
Mais merde ! attendons au moins de voir ce que ça donne vraiment avant de déverser dessus les pires critiques au monde ! Non ?

par Ben Astruc,
janvier & février 2006
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