Anton Newcombe & the Brian Jonestown Massacre

Publié le par Ben Peter Anton Astruc (1977-2006?)



       
DISCOGRAPHIE   DU  BRIAN   JONESTOWN   MASSACRE   (1995 - 2005)






           
   1. "METHODRONE"(1995): 
                                                                                            Bomp!BCD4050

   Un premier opus étrange, languissant, volontiers hypnotique... mais qui ne reflète pas à 100% les trouvailles géniales des premières années d'expérimentations de la bande interchangeable d'Anton Newcombe. Trop d'effets de saturations, trop de feed-backs ou de choeurs féminins et une batterie mal enregistrée et mal mixée nuisent ici à ce qui pourtant aurait pu être un album d'excellente facture. On trouve quand même une petite poignée de chansons qui se démarquent du lot, comme les planantes "Hyperventilation", "End Of The Day", "Crushed" ou "Short Wave"... Mais ce sont surtout les sublimes "That Girl Suicide", "Wisdom", "I Love You" et le majestueux "She's Gone" qu'on retiendra... parmi quand même quelques autres bons moments...

   Le grand problème de ce disque vient surtout du fait que presque tous les morceaux sont construits sur le même schéma : une longue partie instrumentale, très improvisée, basée le plus souvent sur un accord joué en continu de façon assez hypnotique, jusqu'à l'explosion toute en guitares saturées du refrain, le tout flottant dans des tourbillons de feed-backs plus ou moins contrôlés. Une ambiance fortement inspirée par le Velvet Underground ou les deux premiers Blonde Redhead...
   Hélas ! l'album souffre trop souvent d'une production un peu superficielle qui aurait sans doute plu à des fans un peu aventureux d'Oasis et consorts mais qui dessert un peu le réel travail du BJM.

  En définitive, Methodrone n'est peut-être pas un album à proprement parler indispensable,mais les amateurs du BJM ne sauraient toutefois s'en passer...


  2. "THEIR SATANIC MAJESTIES' SECOND REQUEST" (1996):                 TangibleRecords/tan-1026

   Cette fois, le combo californien prend réellement son envol vers les hautes sphères du néo-psychédélisme ! Grâce au perfectionnisme despotique de Newcombe, à son prolifique talent
de compositeur et à une tonne d'instruments vintage allant des guitares early-60's aux curiosités orientales les plus surprenantes, le BJM accouche enfin d'un disque à la pleine mesure de ses
capacités. Construit comme un grand clin d'oeil aux Stones période soieries indiennes ainsi  qu'aux plus grands noms de l'ère colorée du psyché-rock, ce deuxième album aurait tout aussi bien pu paraitre en 1966, en 1976 comme en 1996...

   Une poignée de vrais chefs-d'oeuvre se dégagent des dix-huit titres, comme les indianisantes "In India You" et "Feelers", excellement menées par un orchestre improvisé de sitars, flûtes et tablas..."Anenome", "Jesus", "Here It Comes"...la plupart des titres sont autant de réussites ! La construction elle-même du disque est surprenante, un peu à la façon des concept-albums de la fin des 60's, on pense bien sûr au Sgt.Pepper's des Beatles et évidemment  au Satanic Majesties originel des Stones... Ainsi le thême "All Around You" rythme-t-il les quatres faces virtuelles de ce qui aurait pu être un double-album s'il était paru au temps du vinyle.

   Au final, et malgré sa longueur et l'égocentrisme grandissant mais prolifique ( c'est bien pour ça qu'on passe outre pour l'instant !) de son incontesté leader Anton Newcombe, ce deuxième album est donc très proche de la réussite totale...

  Tout simplement indispensable !  

                                










 3. "THANK GOD FOR MENTAL ILLNESS" (1996):                      Bomp! & Tangible Records BCD 4061

    17$36...c'est ce qu'aurait coûtée la journée d'enregistrement de ce troisième album ! Du moins selon Anton Newcombe, qui à cette occasion s'impose définitivement comme LA tête pensante du groupe. En tout cas, pour un disque réalisé at home en une seule journée, on aurait pu craindre le pire, et pourtant c'est une petite réussite qui possède son lot de perles, fragiles et brouillones, mais efficaces. Car il se dégage une incompréhensible force de l'ensemble. "It Girl",  "Spanish Bee", les délicates "Stars" et "Cause I Love Her", l'innattendue "Ballad Of Jim Jones" (dédiée au gourou-psychopathe responsable des quelques 700 morts du fameux suicide collectif de sa secte à Jonestown, Guyane)...
 
    Mais si Newcombe et ses sbires interchangeables s'essaient aux balades acoustiques, ils tentent également une approche très particulière de la country ("Those Memories" et surtout la très réussie "Free & Easy, Take 2" et ses choeurs texans!).

    On trouvera aussi un blues surréaliste ("13"),et un folk-song à la Joe McDonald ("Talk-Action=Shit") avant que l'album ne se termine avec un long patchwork d'une demi-heure (n'ayant en fait rien à voir avec ce qui l'a précédé) constitué de chutes de studio datant déjà d'avant Methodrone (et qui seront rééditées avec Spacegirl en 2003...).

   En bref, un disque parfait pour la Route, et les longues rêveries sans but qui ne mênent à pas grand chose... En tout cas, un album presque parfait...




  4." TAKE IT FOR THE MAN !" (1996):                          Bomp! BCD 4055

    Mais si ! ce disque-là est bien le TROISIEME sorti pour la seule année 1996 ! Ce qui est bien là la plus parlante des démonstrations de l'inépuisable talent d' Anton Newcombe, qui livre ici pas moins de dix-huit nouvelles compositions... Qui cette fois sont d' un registre nettement plus rock.

   Le ton général se situe quelque part entre le Velvet et les garage-bands méconnus de la fin des 60's. D'où une vitalisante impression de fraîcheur (qui fait d'ailleurs cruellement défaut à beaucoup de groupes comtemporains...). Une ambiance donc très électrique (comme les relations entre Newcombe et la plupart de ses musiciens...). "Vacuum Boots", "Mary, Please", "Caress", "Oh Lord" ou les deux versions de "Straight Up And Down" sortent du lot, ainsi que l'excellent "Who?", sans doute le meilleur morceau de l'album...                             
   Vraisemblablement enregistré avec la bénédiction du spectre de Brian Jones (selon les surréalistes notes de pochette de Newcombe), et réalisé en low-fi (le tout assorti d'une violente diatribe anti-CD & DAT), ce Take It From The Man s'impose sans difficulté comme un excellent pavé électrique, moins expérimental mais plus roots que ses prédécésseurs. De toute façon tout simplement indispensable (à vrai dire comme la quasi-totalité des autres opus du BJM)...






  5. "GIVE IT BACK !" (1997):                                                                                                                            Bomp! & Tangible Records Bomp BCD4068

   Ah, ça ! c'est sûr que ce ne sont pas ces foutus VENDUS de Dandy Warhols qui seraient capables de réaliser un tel album ! Car là, en toute franchise, on est pas très loin de ce qu'on a coutume d'appeler un chef-d'oeuvre... En tout cas, une réussite totale.

   Et pourtant il n'est jamais facile d'enregistrer at home, avec de petits moyens et de maigres financements. C'est néammoins ce qu'ont fait  Anton et ses comparses. Ce cher Anton et sa bonne demi-tonne d'instruments vintage ! Guitares Gretsch, Vox ou Silvertone, orgues Moog ou Hammond, banques d'effets néo-psychédéliques, etc...etc... Et bien sûr toute une kyrielle d'instruments indiens, sitars, flûtes, tampuras, tablas et autres étrangetés (d'ailleurs quelquefois
 seulement utilisées pour n'en enregistrer une seule note...).

 
   Anton Newcombe, qui comme beaucoup de génies peut souvent se montrer autoritaire, violent, totalitariste, dictatorial voire stalinien à tendances paranoiaques, est ici LE chef d'orchestre...car un excellent homme-orchestre ! Car c'est peu de dire qu'il s'occupe d'absolument tout, puisque la plupart du temps, il est à lui tout seul le groupe... Ce qui évidemment ravive très vite des tensions
déjà existantes. Et pourtant, c'est à une composition du  bassiste Matt Hollywood (sans conteste le plus excédé de ses comparses), que el creator Anton Newcombe confit l'honneur de devenir le single de l'époque : "Not If You Were The Last Dandy On Earth", un pastiche bien senti du premier  hit des Dandy Warhols("Not If You Were The Last Junkie On Earth",chanson aux paroles qu' Anton avait carrément prises pour lui, sa consommation d'heroine n'étant plus un secret pour personne).

   En tout cas, Anton se plonge dans le travail, passant des heures à expérimenter des sons, des échos, des réverbérations...tout comme  des positions de micros, des longueurs de cablages... Les minutieux détails d'une perpétuelle recherche de la perfection. Et au final, ce Give It Back ! s'en approche d'assez près... "Servo", "This Is Why You Love Me", "Satellite", l'improbable "#1 Hit Jam", "Whoever You Are",  autant de titres que de réussites...
Et sans compter l'aussi délicate que pourtant assassine "The Devil May Care (Mom & Dad Don't)" et surtout surtout LA plus grande réussite du disque, l'orientalisante "Malela", surprenant  folk-song acoustique transcendé par d' inattendus riffs de sitars et de tablas...

   On a également ici l'occasion de découvrir la voix suave de Miranda Lee Richards, future fidèle complice d'Anton avec lequel elle compose le très joli "(You Better Love Me) Before I Am Gone".
Quant aux dernières minutes de l'album (d'ailleurs curieusement baptisées "Their Satanic Majesties's Second Request"...), elles ne devraient plaire qu'aux oreilles les plus audacieuces avides de "Revolution 9" & consorts ! Il ne s'agit que d'un montage de voix d'outre-tombe, de natures diverses, émissions radio, discours politiques...

   Au final, un parcours sans fautes et un disque étonnant, à écouter encore et encore pour y découvrir à chaque fois de nouveaux trésors... Certainement un des meilleurs, sinon le meilleur, de la carrière d"Anton et de ses sbires !

   En tout cas, ce Give It Back ! est appelé à devenir un véritable classique, une référence du néo-
psychedélisme...

   Un cinquième opus donc plus qu'indispensable puisqu'il serait carrément impensable de ne pas l'avoir !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            The BJM première époque...                                                                                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 
  Anton Newcombe vs.Vodka Smirnoff :                                                                                


         Anton distribuant à rollers le single "...Last Dandy..."aux                      passants de Los Angeles...

 
   


  






   6. "STRUNG OUT IN HEAVEN" (1998) :                                                           
                TVT Records

   Certainement l'album le plus abouti en terme de musique pop. Production impeccable, arrangements efficaces, mélodies imparrables et ambiance de groupe à succès, tout y était pour faire de ce nouvel opus une réussite autant esthétique que commerciale.
  
   Le disque démarre sur des chapeaux de roue avec "Going To Hell", le type même de la parfaite chanson pop : rythme emmené, riff imparrable, son vintage, tout y est. Et surtout le phrasé tout en arrogance d'Anton Newcombe, tantôt nuancé, tantôt presque aggressif, moqueur ou charmeur, phrasé qu'on retrouve plus loin dans "Wastin' Away", "Lantern", "Dawn" ou "Wisdom"...
   Mais l'arrogance très rock'n'roll de Newcombe n'est pas tout, et on trouve aussi au hasard des plages de l'album des chansons beaucoup moins ambitieuses (mais pas ratées pour autant !) comme "Love", "I've Been Waiting" ou "Let's Pretend It's Summer", petit intermède très hippie à la gloire des soirées sur les plages californiennes.

   A l'époque de l'enregistrement de Strung Out..., Anton Newcombe, qui connait alors de sérieux problèmes d'héroine, se fait largement seconder dans l'écriture et la réalisation par le bassiste (et compositeur frustré...) Matt Hollywood. Ce qui fait que le disque, qui a perdu le côté expérimental de ses prédécesseurs, est beaucoup plus abordable.
   Sauf que le BJM ne fut pas plus accepté avec cette sixième tentative. Définitivement trop marginal, trop décalé, trop underground pour le grand public...

   Mais comme Anton le répète à la fin de "Going To Hell" : "it's no one around"...
  
 


  

   7. "BRINGING IT ALL BACK HOME AGAIN" (E.P.) (1999) :                     WhichRecords/TVT WHI 2767

  Bon, soyons clairs dès maintenant : que les pauvres néophytes qui n'auraient pas compris la référence au LP culte de Dylan de 65 aillent dès maintenant se renseigner suffisamment pour s'éviter que je les envoie à la bastonnade. Ca les fera au moins découvrir quelque chose...

  Voilà donc ici un mini-album d'une petite demi-heure (ou un maxi-EP assez long ?), presque entièrement acoustique ou en tout cas basé sur l'idée très personnelle qu' Anton Newcombe se fait d'un unplugged. C'est-à-dire que ce dernier s'est amusé à adapter à ce genre de tentative ses méthodes habituelles de travail, consistant à surperposer des multitudes de couches sonores les unes sur les autres, un peu à la façon d'un Phil Spector psychédélique... Le résultat est en tout cas excellent, on pourrait presque dire comme d'habitude...

   Le ton est donné dès les premières mesures : guitares sèches, harmonica et voix en retrait, le tout posé sur une base rythmique batterie/basse/percussions aussi discrète qu'efficace. Ce canevas ne changera pas de tout le long de l'album, les personnalités des chansons ne naissant  que des différents emplois faits des instruments. Et le procédé fonctionne...

   "The Way It Was" et "The Godspell According To A.A.Newcombe" sentent à plein nez la sueur et la poussière de la Route qu'on parcourt en stop, guitare au dos, entre deux tumble-weeds, like a rolling stone... "Mansion In The Sky " évoquerait plutôt une rêverie surréaliste à la Lennon, on y entendrait d'ailleurs assez  aisément une réminiscence de la mélodie de "Working Class Hero" (qui n'est pas vraiment, cela dit en passant, une rêverie surréaliste, mais bon, ceci est une autre histoire...). "Arkansas Revisited" (un quart d'heure avec une slide-guitar sur un seul accord !) pourrait évoquer une autre ambiance de route américaine, mais son cas se complique quand on sait que les paroles sont d'un certain Charles Manson !

   Quant à "Reign On", elle est la (superbe) occasion d'entendre une nouvelle fois la suave et pénétrante voix de Miranda Lee Richards (qui n'a d'ailleurs, malgré les rumeurs, absolument RIEN à voir avec Keith...). Une autre réussite, totale, presque éblouissante. L'exemple même de la douceur et d'une certaine grâce, un peu velvetienne...

   Quant à la forcément péruvienne  "All Things Great & Small", son cas pose un problème dont l'évidence saute aux oreilles : les détracteurs de ce cher Anton n'auraient en effet peut-être pas complètement tort de crier au plagiat... Entre les progressions harmoniques de cette (malgré tout) superbe chanson et celles du célèbrissime "El Condor Pasa" des soeurs Simon & Garfunkel, tout ce qu'on peut dire, c'est que les différences sont plutôt infimes... Mais bon, après tout, l'originale n'était-elle déjà pas elle-même la libre adaptation d'un thême traditionnel sud-américain ? Dans le cas des reprises des classiques du blues, le problème est souvent le même, quelquefois en pire. Reprocherait-on aux Stones d'avoir plus d'une fois "fait passer" pour des adaptations personnelles de traditionnels des compositions de Robert Johnson ou Sonny Boy Williamson ? En tout cas, ce genre de débat semble bien stérile...

   Au final, cet exercice de style acoustique et "Dylanesque" reste (lui-aussi...) un disque indispensable à tout amateur éclairé du BJM. Qui devient ainsi, au fil des années et des albums, un groupe indispensable, et déjà presque une référence. La tyrannie du creator Anton Newcombe ne s'arrange peut-être pas, mais parmi les quelques cinquante ou soixante membres changeants de SON groupe, on en compte déjà certains anciens qui accèdent à leur propre notoriété en fondant leurs propres groupes (Black Rebel Motorcycle Club, the Warlocks, the Dilletantes...).

   Le mythe est lancé... Un mythe underground, mais lancé pour de bon...
  

      8. "ZERO" (E.P.) (2000) :
                 The Committee to Keep Music Evil / TVT Records ; evil 4

   Zero est le premier album du BJM sorti sous l'étiquette du Committee To Keep Music Evil, systême de donations grâce auquel des groupes  indépendants américains trouvent les moyens d'enregistrer leurs disques.

   Zero est un "maxi-single" qu'on peut considérer comme un véritable album, vue sa longueur (38 minutes). Et ce malgré le fait que trois des six titres se retrouveront sur le L.P. suivant...
   Après l'intermède acoustique de son prédécesseur, Zero marque un retour à des sonorités beaucoup plus psychédéliques, et  Anton Newcombe se fait apparemment une joie de nous faire découvrir toute la gamme de ses claviers vintage, du Moog à l'orgue Hammond... "New Kind Of Sick" en est l'exemple même : une construction "en escaliers", avec longues pauses et reprises du thême sur les touches des claviers les plus divers, des parties de chant on ne peut plus planantes (qui pourraient évoquer les premiers Pink Floyd), une ambiance plus 60's que jamais... Un titre qui pourrait s'être échappé d'une obscure compilation de 1967... Et c'est tout autant le cas pour le reste du disque. "Whatever Hippie Bitch", "Let Me Stand Next To Your Flower", "If Love Is The Drug, Then I Want To O.D."... La moindre note sent à plein nez la nostalgie de cet âge doré de la musique. Les moindres choeurs, riffs de guitares ou coups de tambourin sont autant de madeleines de Proust... Et c'est sans doute ce que ce cher Anton désirait réaliser avec ce nouveau disque : provoquer un voyage à travers les époques, pour aider les insoumis de notre millénaire à retrouver enfin un peu du parfum d'un certain passé...

   Et l'expérience est une parfaite réussite, ce Zero s'avérant une très efficace machine à remonter le temps !
  
   Là-encore, le disque parait plus nécéssaire que jamais (comme les autres !)...

  
  
  

  



       9. "BRAVERY, REPETITION AND NOISE" (2001) :
                 The Committee to Keep Music Evil / Bomp Records ; evil 5

    Anton Newcombe (bien sûr accompagné de son combo du moment) suit ici plusieurs directions. Autant retourne-t-il à ses premières amours néo-psychédéliques aux constructions complexes, toutes en superpositions de couches sonores ("Just For Today", "Sailor"...), autant continue-t-il ses tentatives folk ("Stolen"...). Deux genres d'atmosphères pourtant difficilement associables qu'il se plait néanmoins à  mélanger ("Open Heart Surgery", "I Love You (Always)")...

   Livrant ainsi au passage un véritable chef-d'oeuvre, LE chef-d'oeuvre d'ailleurs, "Nevertheless", chanson presque emblèmatique de toute une carrière...

    A noter aussi la réussite totale de "Leave Nothing For Sancho", qui brille tout autant par sa recherche rythmique que par cette splendide mélodie empreinte de ce genre de  nostalgie-à-larmes dont on ne s'explique pas toujours le réel pouvoir sur nos sens... Un assemblage en tout cas plus que réussi qui est un des secrets des qualités de ce disque.

    Le groupe confirme également ses penchants pour un rock dénaturé autant influencé par le Velvet que par les Kinks ("Let Me Stand Next To Your Flower", jeu de mots d'ailleurs basé sur un refrain de Jimi Hendrix), basé sur un riff très Blues-Boom. Ou quand l'électricité se joint aux sons les plus acoustiques...

    Par conséquent, tout ce qui est tenté ici semble aboutir, presque systématiquement, à des résultats inoubliables... La recherche, qu'elle soit sonore ou mélodique, est imparable... sans doute parce que découlant (comme toujours...!) d'une demande quasi despotique de la part d' Anton Newcombe. Celle-ci serait-elle donc finalement le meilleur des gages de qualité ?


    On notera aussi les deux versions, dont sa propre reprise, très galactique, de "If I Love You ?", nouvelle(s) incursion(s) vers les lointaines contrées psychédéliques que le BJM n'a de cesse d'explorer avec une réussite toujours grandissante...

    Mariage subtil de mélodies folk et de sons spatiaux, tel est donc un des (multiples) secrets de cet album étonnant et sans reproches. Le Brian Jonestown Massacre s'y montre tour à tour pop et rock, intimiste et spatial... Intemporel... Et rien que pour le VERITABLE chef-d'oeuvre qu'est "Nevertheless", le détour vaut le coup ! Et pour une fois, je conseillerais même cet album à des néophytes non destinés à en acquérir d'autres (ce qui reste en soi une lacune, mais bon, posséder celui-ci est déja un plus de taille pour n'importe quelle collection !)...

   En un mot... un disque INDISPENSABLE, comme les autres...



   

 















      10. "SPACEGIRL & OTHER FAVORITES"  (2003) :
                    The Committee to Keep Music Evil / Bomp! Records ; evil 11

   Spacegirl... n'est pas un nouvel album du BJM, mais en fait une sorte de compilation d'inédits de ses premiers enregistrements, qui datent donc de la période Methodrone.  Anton lui-même l'admet : ce disque n'est pas vraiment à la hauteur de ses autres productions... Certaines chansons sont même assez moyennes. Mais après tout, ne s'agit-il pas justement de morceaux rejetés d'un album qui ne brillait déjà pas précisément par une qualité "totale" ?
   Quelques bons moments quand même, comme la chanson-titre (un peu longue toutefois), des morceaux presques 80's comme "After The Fall", "Hide And Seek" (excellente version), "Fire Song" ou "Ashtray" (qui pourrait rappeler le Bowie de 76/77), et deux des bons passages de Methodrone : "Crushed" et son long larsen d'introduction, et "That Girl Suicide", deux chansons qu'on retrouve ici sans qu'on sache vraiment pourquoi, les différences ne sautant pas aux oreilles...

   En bref, disons tout simplement que cette collection d'inédits ne s'impose pas comme essentielle, et même les fans les plus fidèles s'y retrouveront difficilement...


     11. "... AND THIS IS OUR MUSIC" (2003) :
                  The Committee to Keep Music Evil / Tee Pee Records ; TPE-052

   De son vrai nom Tomorrow's Heroes Today... And This Is Our Music, ce onzième opus est un cas à part dans la discographie du BJM. Car après les expérimentations minimalistes à la Velvet Underground ou très travaillées à la Bowie, le garage-rock ou la world music au sitar, les tentatives folk ou brit-pop, les protest-songs dylanesques ou les réminiscences néo-psychédéliques de tous poils, etc...etc..., Anton Newcombe (et son entourage du moment) change une fois de plus radicalement de direction. Pour se lancer cette fois dans l'enregistrement d'un disque on ne peut plus élaboré, produit et arrangé comme jamais ce n'était encore arrivé dans sa carrière.

  Un disque qui s'ouvre sur une petite note d'humour noir : un message d'insultes qu'une ex a laissé sur le répondeur d'Anton est retranscrit tel quel, devenant ainsi une sorte d'ouverture (inattendue) à cet album (qui ne l'est pas moins...). On va ensuite naviguer entre noirceur, tristesse, déprime et soupçons d'espoir... Car il s'agit là d'un des disques les plus poignants de toute l'oeuvre d'Anton Newcombe. Qui est quelquefois même d'une tristesse infinie. Mais qui n'est pas funèbre non plus tant la beauté de certaines compositions peut créer de sentiments changeants, allant du fond du trou... à son bord.

     On notera avant tout la prépondérance des morceaux instrumentaux... et surtout leur beauté. "You Look Great When I'm Fucked Up" et son envoûtante mélodie (genre ôde aux grands espaces à la Ennio Morricone), l'inattendue tentative techno de "Prozac Vs. Heroin Revisited", la toute aussi étonnante samba de "What Did You Say ?", l'hômmage aux Beatles de "Some Things Go Without Saying", les envols acides de "Here To Go" ou de "The Pregnancy Test"...

   Quant aux morceaux chantés, ils étonnent tout autant, et d'abord parce que cette fois Anton laisse à plusieurs reprises les vocals à ses nouveaux complices. Et avec une irréprochable réussite, telle la sublime interprétation de "Tschusse" par Kurt X., qui en fait un véritable chef- d'oeuvre mélancolique à ranger aux côtés de "Nevertheless" ou "In India You". La console de mixage se souvient encore des larmes d'Anton... et de sa sublime partie de chant sur "Starcleaner".

   "When Jokers Attack", un des seuls moments un peu plus rythmés du disque, "Prozac Vs. Heroin", ou les vocalises planantes de "Geezers" et "Maryanne" rappellent encore le BJM des albums passés, mais l'atmosphère générale reste inédite. Les arrangements, la production, les mixages, tout ici est plus soigné que jamais, presque de façon maniaque. Mais le résultat final est largement à la hauteur du pari. Ainsi Anton Newcombe réussit-il haut la main ce nouveau revirement.

   Comme il a de toute façon l'habitude de réussir 90% de ce qu'il entreprend...


 
  12. "TEPID PEPPERMINT WONDERLAND, A RETROSPECTIVE" (2004) :
               Tee Pee Records ; TPE-059
  
   Pour cette première décennie d'existence du combo interchangeable d'Anton Newcombe, rien de mieux qu'une bonne compilation pour mettre bien à plat une discographie des plus touffues...

   Et si on y retrouve bien sûr les désormais classiques du BJM (de "Who ?" à "When Jokers Attack", en passant par les sublissimes "Anenome" et "Nevertheless",etc...etc...), on a également droit à une petite poignée d'inédits. Dont le très bon single (de cette même année 2004) "If Love Is The Drug (Then I Want To O.D.)", proposé ici dans un mixage différent que sa version originale de Zero.  A cela s'ajoutent d'excellentes prises live de "Let Me Stand Next To Your Flower", "Swallowtail" et "Hide And Seek", enregistrées au hasard d'un concert pour une radio californienne, WFMU. Quant au très velvetien "Nailing Honey To The Bee", il s'impose sans aucun doute comme le meilleur de ces petits bijoux inédits...

  Bien sûr, ce double "best of" apportera finalement peu aux inconditionnels du BJM... Car à part un livret explicatif (il est vrai assez bien documenté) et cette petite moisson d'inédits, l'ensemble s'adresse plutôt aux néophytes et aux curieux... En particulier à ceux qui veulent prendre doucement le contact avec le groupe après avoir l'avoir "découvert" grâce au film d'Ondi Timoner, Dig !, dont le bon accueil au niveau international a bien sûr contribué à la prise de conscience, en particulier par les Européens, du "phénomène" Brian Jonestown Massacre... C'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle ce disque n'a été disponible en Europe qu'après la sortie du film...



   13. "WE ARE THE RADIO" (E.P.) (2005) :
             The Committee to Keep Music Evil / Tee Pee Records ; TPE062


   Presque deux ans après son dernier album, Anton est enfin de retour avec son combo du moment. Avec "seulement" un maxi-single de cinq titres (mais, comme on dit, c'est déjà ça), mais dont la qualité est sans appel...
   Mais on serait néammoins en droit d'être plus que surpris à la première écoute... Car synthétiseurs et boites-à-rythmes s'imposent en effet comme des éléments prépondérants de ce nouveau disque. Ce qui ferait sans doute crier à la trahison les puristes les plus stricts... Et pourtant...
 

   ... Et pourtant de vrais trésors se trouvent là, cachés sous la couche glacée des sonorités synthétiques... Et ceci bien sûr parce qu' Anton Newcombe ne fait JAMAIS rien au hasard. A l'image du premier morceau, "Never Become Emotionally Attached To A Man, Woman, Beast Or Child" (qui reprend au mot près le titre-fleuve d'une oeuvre littéraire restée inédite, écrite par un certain Lou Reed avant ses débuts).
    La rythmique est encore très marquée par l'"ancien" style du BJM : confusion un peu brouillonne des guitares, riff très "velvetien", proéminence des tambourins, de discrètes nappes d'orgues vintage tout droit sortis des sixties... Et pour l'instant pas encore la moindre boite-à-rythme : la surprise, ici, c'est la voix (au demeurant excellente) de Sarabeth Tuceck... Qui reprend donc la  place que la délicieuse Miranda Lee Richards occupait ponctuellement. Sa voix, délicate et très personnelle, apporte beaucoup : ainsi cette première chanson est-elle un vrai petit bijou de modulations vocales. Et son talent de compositrice saute tout autant aux oreilles. Et ceci tout au long du disque, qu' Anton a "accepté" de co-écrire avec elle.
   "Time Is Honey (So Cut The Srit)" est un peu le même cas de figure : le son général du groupe rappelle les temps passés : percussions au premier plan, rythme medium, son crunch des guitares, le tout excellement soutenu par les voix successives de Sarabeth et d'Anton. Quelques sons psychédéliques (d'origine synthétique...) se baladent bien ici et là, mais ils restent très discrets. Et là-encore c'est une très bonne chanson (ici aussi en partie grâce à l'étrange timbre vocal de Sarabeth)...
   Sarabeth qui brille tout autant sur les autres morceaux... "Seer" est interprètée en duo avec Anton, qui place sa voix en retrait pour mieux mettre en valeur les impressionants effets vocaux de la chanteuse.

   "Seer" pose ce fameux problème de l' intrusion de plusieurs boites-à-rythmes en lieu et place de la traditionnelle batterie... Et comme on peut s'en douter, nul doute que ce disque soit rejetté par une grande partie des fans à cause justement de ce genre de soi-disant trahison... Mais comme ça avait déjà été le cas, et avec une indéniable réussite, sur le subblissime ...And This Is Our Music (dont ce mini-album est une suite logique), Anton prouve qu'il est capable de tirer le meilleur parti de ce genre de "machineries"... Et pour un morceau comme "Seer" (et comme pour tous les autres...), le résultat final est tout simplement superbe !

   Quant à "Teleflow 5 Vs. Amplifaction", il s'agit d'une composition entièrement instrumentale. Anton Newcombe a dû s'en donner à coeur-joie en travaillant le morceau parmi ses innombrables (et autediluviens) orgues, synthétiseurs et claviers vintage de toutes sortes... L'ambiance est étrange, entre sinistre et spatiale, les notes s'étirent jusqu'à devenir de très 60's boucles sonores... On ne trouve plus ici les atmosphères rock-pop-néo-psychéliques de la plupart des albums précédents, on penserait plus facilement à une chute du Low de Bowie... Autant de froideur annonce en tout cas parfaitement la "chaleur démoniaque" de la dernière plage...

    "God Is My Girlfriend", sorte de réminiscence du "Venus In Furs" du Velvet, atteint parfaitement son but. C'est-à-dire la création d'une étrange et imprécise impression de chute, de décadence, d'appel au Mal, de séjour réjoui aux Enfers... Bizarres impressions qui déjà en 1966 suintaient du morceau de Lou Reed (encore lui !), les effets sonores modernes prenant ici la relève du violon électrique de John Cale pour créer cette délicieuse ambiance de pacte démoniaque... Tandis que Sarabeth apporte les décalages très calculés et les modulations si particulières de sa voix. Et complète ainsi le tableau de la chanson; qui s'impose fort logiquement comme la meilleure de ce disque.

    Deux ans après sa première approche très réussie des sonorités modernes avec ...And This Is Our Music, Anton Newcombe nous prouve donc avec cette nouvelle (mais courte) expérience qu'il a mené à bien son défi. Ce disque démontre définitivement qu'il n'est ni ne sera jamais un musicien de seconde zone, mais bien un artiste complet, certes complexe et imprévisible, mais toujours curieux et avide de nouveaux horizons musicaux. Qu'il explore avec une réussite quasi systématique.
 
    En cela, il est un véritable visionnaire. Et qui sans doute ne mettra qu'à sa mort le point final à sa déjà impressionante discographie...  
    Discographie que nous n'avons d'ailleurs parcourue ici que de façon non exhaustive... Car s'il est plus ou moins aisé de se procurer la totalité des albums officiels du BJM (tous chroniqués dans cet article), c'est une autre paire de manches pour l'intégrale des enregistrements qui existent : un certain nombre de morceaux inédits ont en effet été publiés sous forme de maxi-singles (souvent en vinyle) qui à ce jour ont disparu de la circulation... Et le site officiel du BJM (par ailleurs plus qu'excellent !), s'il propose le téléchargement (gratuit) de nombreux inédits (concerts, chutes de studio ou sessions radio), n'est hélas pas plus complet ! C'est donc vers les petites boutiques de rock indépendant, les petites annonces de collectionneurs ou les marchés aux puces qu'il faut se tourner...
    En s'armant de patience et en priant les dieux impies du rock'n'roll pour espérer avoir un coup de chance...

    "Hide and seek !"


 

     "Les connards, les petits comptables, les avocats et tous ces     abrutis des labels ruinent le monde de la musique."                          Anton A. Newcombe
    "C'est un brillant et monstrueux créateur. Il a toujours trois ans d'avance. Je crois le rattraper et il pond un nouveau truc. Et je me dis : putain, il a fait ça ! Il est toujours en avance, il est incroyable..."    Courtney Taylor
           &
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Publié dans branleurs

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R
Site decouvert grace à tes apparitions sur l'organe. C'est du bon boulot cet article.
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K
Salut branleurs, juste un p'tit mot pour te dire que j'adore ta nouvelle mise en page.<br /> les gros titres apporte plus d'espaces et les photos sont superbes. Encore un branleur vraiment photogénique. Rien que sur une photo il arrive a degager une dose de testostérone a me filer des bouffés de chaleur....<br /> Bonne idée les citations. Certaines m'ont fait quasi pleurer de rire.<br /> Il n'y a que lui pour se permettre de dire de telles choses et en plus il a raison. Bravo Anton continue a e^tre genial et dingue, ça fait du bien.
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K
Merci pour cette révélation. Je me suis mise en quète des disques du BJM. Pour le moment, j'ai Strung out (que j'adore), thank god for mental illness, bring it all back home again (et j'avais fait le rapprochement tout seule), et la compil. Dans l'espoir de trouver rapidement les autres. BISOUS  et continue à nous faire  découvrir des choses sur cet artiste passionant et sur d'autres branleurs
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K
je ne connaissais pas trop ce groupe mais tu m'a donné envie d'aller à sa découverte. Je te dirais ce que je pense. Anton a l'air d'etre un sacré branleur lui aussi (et en plus il est très craquant)
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K
salut mes branleurs préférés. De retour de voyage c'est avec plaisir que je retrouve votre site qui a bien muri.Vos photos sont ultra cools et les articles toujours aussi bons voire encore meilleurs.
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