Jeu de massacre : le Brian Jonestown Massacre à Toulouse...


Un peu plus de deux heures d'un concert saturé, psychédélique, démesuré, souvent improvisé mais jamais télécommandé, quelques faux-départs et beaucoup d'émotion, sincère, de la part du public... Des morceaux qu'on espérait même plus, une rock attitude comme on en voit plus guère à notre époque, un groupe en tout cas fidèle à lui-même, à sa réputation, à sa légende... Et en prime la présence inespérée de l'inénarrable tambouriniste Joel Gion ! Telle a été la performance d'Anton Newcombe et de "son" Brian Jonestown Massacre, lundi 6 juin dans une petite salle des faubourgs de Toulouse. Un évènement qu'on n'espérait plus en France, surtout depuis les circonstances de leur apparition en décembre dernier aux Transmusicales de Rennes : il avait alors été expressement demandé au groupe de ne pas donner le moindre autre concert sur le sol français, exclusivité oblige (soi-disant...). Une vraie frustration pour le BJM qui donnait à cette occasion son tout premier gig chez nous... et peut-être son dernier avant longtemps. De quoi s'inquiéter sérieusement.

Heureusement, depuis, les dieux du rock'n'roll ont oeuvré pour nous faire ce formidable cadeau électrique ! Et la venue du combo californien n'aura pas été vaine, loin de là. Car un peu de la même façon que le film Dig ! avait fait découvrir Anton et sa bande au "grand" public européen, cette tournée européenne aura également créé son lot de nouveaux admirateurs. Ou plutôt de nouveaux fans, car il est rare de faire la connaissance de la musique du BJM sans presque aussitôt y prendre goût. Nul doute que bon nombre des spectateurs de ce soir-là devaient déjà posséder tout ou presque de sa discographie touffue.
C'est dans une ambiance déchainée (et une chaleur digne d'une serre tropicale) que cinq cents corps suants se sont prélassés pendant plus de deux heures au rythme des trois guitares du BJM. Le public avait l'air d'entrer en transe au son de la musique géniale du génial Anton... Une bouffée de sensualité des plus communicantes ! D'ailleurs Anton a affirmé ce soir qu'il fallait faire l'amour sur ses chansons. Bon, n'allez pas croire pour autant qu'Anton est devenu baba-cool : il a d'ailleurs démontré une fois de plus qu'il est de l'ordre de l'inconscience de les lui briser... Quand un petit con s'est cru très malin de gueuler des conneries de genre "Anton is a shit" du fond de la salle (pas trop téméraire, evidemment !), le Duce Newcombe n'a pas hésité à arrêter le show pour prendre le temps d'insulter copieusement le manant, avant de passer à autre chose après lui avoir quand même proposé de "come to fight" s'il en avait le courage. Un peu plus tard, un autre rebelle boutonneux s'est délesté de sa canette en la balançant violemment sur le lead-guitarist, provoquant ainsi une nouvelle diatribe anti-connerie et pro-bastonnade de street-fighting-Anton. Bizarrement, aucun des deux ne s'est présenté pour aller faire la douloureuse expérience du désormais très réputé kick d'Anton. Certaines gens sont d'une inconsistance...

Le concert en tout cas aura été en tout point parfait (sauf peut-être au chapitre du réglage de la sono, sans doute tenue ce soir-là par un babouin à cul rouge...) : et c'est surtout l'excellence de la set-list que tout le monde aura appréciée. Et, cerise sur le space-cake, en plus des classiques incontournables de son vaste répertoire ("Who ?", "Sailor", "When Jokers Attack", "Open Heart Surgery", "Servo", etc...), le gang nous aura même fait l'honneur de jouer la sublime (mais rare) "Nevertheless", certainement une des plus fabuleuses chansons de ces vingt dernières années, que l'auditoire a su acceuillir avec ferveur et passion (c'est le moins qu'on puisse dire)...
Ce sabbat psychédélique s'est finalement terminé dans l'hystérie la plus totale. Hélas ! la dernière image que le public toulousain aura eue du groupe est un Anton Newcombe quittant la scène furieux de s'être entendu demander de tout arrêter au plus vite à cause de l'heure tardive ( ? ) et des mesures anti-tapage de la municipalité ( ??? )... A moins qu'il soit aussi interdit dans cette ville ignare de jouer plus de deux heures d'affilée, de ponctuer la moitié de ses phrases par "fuck", ou simplement d'afficher clairement une attitude rock'n'roll ? En tout cas, une fois de plus, le sale état d'esprit de To-Lose City aura essayé de s'interposer entre le rock et son public. Heureusement le plaisir d'avoir enfin pu découvrir le BJM en live reste intact, et il aurait quand même fallu quelque chose d'énorme pour en arriver à regretter d'avoir assisté à ce qui restera forcément un des évènements majeurs de la scène musicale de cette décennie...
Merci à toute l'équipe du BJM !
See you later ?
(quelques jours plus tard à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand)
Ben & Céline, juin 2006
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